27e Gapper Yoon Seung-chul
3 ans et demi de préparation à une année de césure + 1 an et demi de césure
Expériences pendant l’année de césure : cinq marathons dans le désert
Bonjour, je m’appelle Yoon Seung-chul, je suis le plus jeune à avoir réalisé le Grand Chelem des marathons dans le désert.
Après trois ans et demi de préparation, j’ai pris une année et demie de césure. Tout a commencé quand j’avais vingt ans et que j’étais en première année d’université : en cherchant de la documentation pour un roman, j’ai découvert par hasard les marathons dans le désert et j’ai eu envie d’en faire un.
En deuxième année de collège, je me suis gravement blessé à la jambe après avoir marché sur un morceau de verre et être tombé à l’école en jouant. Ma cheville s’est tordue et mon tibia s’est cassé. J’ai été hospitalisé pendant environ quatre mois et, même après ma sortie, j’ai dû porter un plâtre des orteils jusqu’à la cuisse et me déplacer avec des béquilles.
Une longue hospitalisation m’a fait prendre du poids. J’ai également appris que j’avais les pieds plats et des varices aux jambes. De plus, la blessure a endommagé le cartilage de croissance de mon genou gauche, et j’ai dû recevoir une injection pour arrêter aussi la croissance de mon genou droit. Tant de choses se sont produites en même temps pendant ma deuxième année de collège que j’ai même eu des pensées que je n’aurais pas dû avoir.
Après ma sortie de l’hôpital, jusqu’à ce que je devienne étudiant, je n’avais même jamais marché plus de 5 km. Si j’ai décidé de participer à un marathon dans le désert dès mon entrée à l’université, c’est à cause d’un devoir donné par un professeur. Le premier devoir que j’ai reçu à l’université était d’écrire un roman.
Comme je courais mal et ne pouvais pas marcher longtemps, je me suis dit : « Au moins, le héros de mon roman sera un ami qui court et marche bien. » En cherchant un sujet, je suis tombé par hasard sur l’image de quelqu’un courant dans le désert. Ce petit hasard a peu à peu fait grandir en moi cette envie : « Moi aussi, un jour, je courrai dans le désert. » J’ai alors commencé ma rééducation et je me suis entraîné régulièrement même pendant mon service militaire, préparant mon année de césure pendant trois ans et demi.
La préparation au marathon dans le désert a été un processus pour surmonter la peur.
Un marathon dans le désert consiste à parcourir 250 km en sept jours et six nuits. Comme je n’avais jamais marché longtemps, j’avais très peur à l’idée de parcourir une si grande distance à pied et en courant. Pendant mon année et demie de césure, j’ai surtout essayé de surmonter cette peur.
J’ai suivi une rééducation, puis j’ai alterné la course sur 2 km et la marche sur 5 km. Heureusement, après tous ces efforts, j’ai appris que je pourrais continuer mes activités sans problème majeur. J’ai alors marché et couru 10 km chaque jour. Quand j’ai enfin pris confiance et cru que je pourrais aller dans le désert, j’ai demandé une interruption d’études à l’université pour m’inscrire au marathon.
Mais un obstacle inattendu m’attendait : les frais d’inscription au marathon dans le désert. Je n’avais même pas imaginé qu’il y aurait des frais de participation. Je ne pensais qu’à ma condition physique et me demandais : « Est-ce que je vais réussir à bien courir ? » Ce n’est qu’après avoir interrompu mes études que j’ai compris qu’il me faudrait près de 7 millions de wons. Les frais d’inscription s’élevaient à 3,8 millions de wons, auxquels s’ajoutaient les billets d’avion aller-retour et l’équipement à acheter.
J’ai demandé si je pouvais retourner à l’université, mais la période de demande de réinscription était déjà terminée. Je me suis retrouvé contraint de faire une pause de huit longs mois, jusqu’au semestre suivant et aux vacances. C’était le début inattendu de mon année de césure.
Dans l’urgence, j’ai décidé de mettre en location, à l’insu de mes parents, mon studio dont le dépôt de garantie était d’un million de wons et le loyer de 400 000 wons. Mes parents avaient contracté un emprunt pour me le louer, car j’étais parti étudier dans une université de la région de Séoul. Avec cet argent, j’ai payé les frais d’inscription et acheté mon billet d’avion, puis j’ai déménagé dans une petite chambre à 180 000 wons, sans dépôt de garantie, dans un bâtiment provisoire sur le toit d’une maison à Hawolgok-dong. Comme la compétition durait sept jours et six nuits, j’ai prévu de travailler à temps partiel après mon retour, jusqu’à ma réinscription, afin d’économiser à nouveau un dépôt de garantie.

Un jour, dans ma chambre sous les toits, je suis tombé par hasard sur un article de journal. Quand le vent soufflait fort, il s’infiltrait jusque dans ma chambre. Alors que je posais des bandes de papier journal autour de la porte pour couper les courants d’air, j’ai lu un article intitulé « Le profil des talents recherchés par nos entreprises ». Des responsables du recrutement de différentes entreprises y expliquaient le type de personnes qu’elles souhaitaient embaucher.
Les personnes interrogées disaient rechercher des talents symbolisés par « l’audace », « la passion », « la jeunesse », « l’enthousiasme », « l’échec » et « la persévérance ». Je me suis alors dit : « Et si je demandais un parrainage à ces entreprises ? Me blesser à la jambe et quitter mon logement, n’est-ce pas une forme de défi, d’échec, de persévérance et d’audace ? » Ce jour-là, j’ai donc commencé à rédiger pour la première fois de ma vie une « proposition ».
Le mur de la réalité, une autre course
Au début, j’ai rédigé une proposition beaucoup trop longue. Je pensais que plus il y avait de pages, meilleur était le contenu, alors j’en ai écrit plus de vingt. Quelle entreprise aurait envie de parrainer un étudiant sans ressources qui demande aveuglément de l’aide avec une telle proposition ? J’ai envoyé ma proposition à une trentaine d’entreprises, notamment à celles mentionnées dans le journal, mais elles m’ont toutes refusé.
C’était ma propre idée du « type de talent que les entreprises recherchent ». J’ai eu envie d’abandonner. Mais à ce moment-là, beaucoup de gens m’ont réellement encouragé. Certains m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me parrainer, ni en tant qu’entreprise ni à titre personnel, mais qu’ils pouvaient relire ma proposition. Une personne a condensé mon document de plus de trente pages en cinq pages, et mes amis proches m’ont également apporté un soutien précieux.
J’ai renouvelé ma détermination et, en me disant « essayons jusqu’à la date limite restante », j’ai sollicité plus de cent organismes. J’ai finalement réussi à obtenir des parrainages couvrant les frais d’inscription, les dépenses, les billets d’avion et tout l’équipement.
J’ai couru cinq fois dans quatre déserts — le Sahara en Égypte, le désert de Gobi en Chine, le désert d’Atacama au Chili et l’Antarctique — pour des dépenses totales d’environ 40 millions de wons. En cherchant des parrains, beaucoup de gens m’ont aidé, et le projet de financement participatif que j’ai lancé a également joué un rôle déterminant.
Le financement participatif permet à chacun de soutenir un projet sur un site internet. J’ai moi aussi lancé une collecte pour mon projet : terminer les marathons dans le désert et relever le défi du Grand Chelem. J’ai expliqué mon objectif, les raisons de mon projet, ce qui allait changer et la manière dont je récompenserais les contributeurs. J’ai publié des textes et des photos promotionnels et j’ai même réalisé un court documentaire. J’ai proposé des contributions de 10 000, 30 000, 50 000 et 100 000 wons. À la fin de la collecte, nous avions réuni environ 20 millions de wons.

Voici une anecdote. Le lendemain du lancement de la collecte, j’ai reçu un appel d’un numéro inconnu. En décrochant, j’ai entendu : « C’est bien Seung-chul Yoon ? Donnez-moi votre numéro de compte, s’il vous plaît. » J’ai cru un instant à une arnaque téléphonique et j’ai demandé : « Qui est à l’appareil ? » Il m’a répondu qu’il était le président d’une entreprise, qu’il avait découvert la page de collecte et qu’il voulait m’aider. Il m’a donc demandé mon numéro de compte.
C’était si soudain que j’ai dit au président : « Merci beaucoup. Je suis désolé, mais pourriez-vous, si possible, faire votre don par l’intermédiaire du site de financement participatif ? » Le président a laissé échapper un rire un peu gêné, puis a dit :
« Le montant du don est élevé : je devrais cliquer des dizaines de fois sur le montant maximal de 100 000 wons, puis saisir des dizaines de fois le code de vérification envoyé sur mon téléphone. »
Par hasard, dès le lendemain, j’ai reçu un autre appel d’un numéro inconnu. C’était un directeur général qui souhaitait me rencontrer et m’a invité à venir dans son entreprise quand j’aurais le temps. J’ai pris rendez-vous et je l’ai rencontré. Nous avons longuement parlé des raisons qui me poussaient à partir et de bien d’autres choses. Je lui ai dit que je le recontacterais dès mon retour en toute sécurité. À ce moment-là, il m’a tendu une enveloppe blanche en disant qu’il espérait que cela m’aiderait un peu pour le voyage.
Je l’ai remercié et suis redescendu au rez-de-chaussée, puis j’ai quitté les lieux par la porte tournante. Je comptais acheter du matériel personnel nécessaire pour la course. En repensant à l’enveloppe que le directeur général m’avait donnée, je me suis dit que je pourrais l’utiliser pour cela. Quand je l’ai ouverte, j’y ai trouvé plusieurs chèques d’un montant considérable.
Très surpris, je suis remonté dans le bureau du directeur général et lui ai demandé : « Monsieur, vous ne savez même pas qui je suis et nous ne nous étions jamais rencontrés. Et si je prenais ce généreux cadeau, puis échouais à terminer la course, l’utilisais à mauvais escient ou ne participais même pas à la course ? Comment avez-vous pu donner une somme aussi importante à un jeune homme que vous rencontrez pour la première fois ? Hier encore, quelqu’un m’a aidé de cette façon, alors je voulais vraiment vous poser la question. »
« Un jeune homme qui a une idée aussi fraîche et brillante, je pense qu’il s’en sortira très bien. »
« Un jeune homme qui a une idée aussi fraîche et brillante, je pense qu’il s’en sortira très bien. » Voilà ce qu’il m’a répondu. Il avait vu les six récompenses que j’avais promises aux contributeurs pendant la collecte. À l’époque, mes six idées de récompenses étaient les suivantes.
1. Je mettrai du sable du Sahara et de la glace de glacier antarctique dans une petite bouteille en verre transparent et vous offrirai un souvenir unique.
2. Envoyez-moi un objet lié à un souvenir que vous aimeriez oublier. Pendant ma course dans le désert, je l’enterrerai au milieu du Sahara pour que vous puissiez oublier complètement ce souvenir. Je vous donnerai les coordonnées GPS de l’endroit où il sera enterré et vous enverrai une vidéo montrant à quelle profondeur je l’ai enfoui.
3. Je rédigerai une lettre de remerciement sur une carte postale illustrée de photos prises pendant ma course dans le désert et vous l’enverrai. Je vous adresserai également un message vidéo.
Pendant ma course dans le désert et en Antarctique, je filmerai un message de remerciement en selfie et vous l’enverrai sous forme de code QR au verso de la carte postale, près du timbre. Vous pourrez ainsi recevoir ensemble les photos, le texte et la vidéo.
4. Je créerai une étiquette avec les noms des contributeurs et l’attacherai toujours à mon sac. Chaque fois que je traverserai un moment difficile, je penserai à ceux qui m’ont aidé et je ne renoncerai pas : je continuerai à courir jusqu’au bout.
5. Je planterai des arbres dans le désert. J’en planterai autant qu’il y a de contributeurs, j’apposerai une plaque portant leur nom sur chaque arbre et je rapporterai une preuve. Cela me soutiendra, mais contribuera aussi à lutter contre la désertification dans le monde.
6. Après avoir terminé le marathon dans le désert, je vous proposerai trois séances d’entraînement au marathon et vous inviterai en VIP à l’exposition de photos qui aura lieu à mon retour.
J’ai vécu beaucoup de moments amusants en tenant ces promesses. Pour l’offre permettant d’« oublier un souvenir », des gens m’ont envoyé des photos d’ex-petits amis ou d’ex-petites amies, des lettres, des bagues et des livrets de comptes de couples. Des amis du collège et du lycée m’ont envoyé leurs bulletins scolaires qu’ils voulaient oublier.
Le cas le plus mémorable était celui d’un ami qui m’a envoyé une photo autocollante prise avec la jeune femme qu’il fréquente actuellement. Comme il m’avait dit qu’il s’agissait de quelqu’un qu’il fréquentait en ce moment, je lui ai demandé par curiosité : « Tu as envoyé une photo prise avec la personne dont tu es sur le point de te séparer pour tourner la page, ou tu te prépares déjà à cette idée ? » Sa réponse m’a surpris et émerveillé : « Nous avons prévu d’aller au Sahara pour notre lune de miel et de la retrouver grâce aux coordonnées. »

Les troisième et cinquième promesses — écrire des lettres et planter des arbres — n’étaient pas faciles à tenir. J’avais près de 150 contributeurs. Je pouvais prendre le temps d’écrire les lettres, mais planter les arbres, c’était une autre histoire. Je pensais que vingt contributeurs, ce serait déjà beaucoup. Mais plus de 150 personnes m’avaient aidé : même si je devenais bûcheron ou porteur de jeunes plants, je m’écroulerais probablement au bout d’une journée, sans même pouvoir courir le marathon. J’étais reconnaissant, mais inquiet. Comme j’avais fait cette promesse, je me demandais quoi faire et j’ai découvert une application pour smartphone appelée « Tree Planet ».
C’est un jeu pour smartphone où l’on fait pousser des arbres. Une fois un arbre arrivé à maturité dans l’application, un véritable arbre est planté dans le désert au nom du compte indiqué. Après la plantation, on reçoit un courriel avec des photos montrant où et comment l’arbre a été planté. « C’est ça ! Faisons pousser des arbres au nom des contributeurs et plantons-les dans le désert ! » J’ai joué pendant une semaine, mais je n’ai réussi à faire pousser que quatre arbres. Je me suis donc rendu directement dans les locaux de Tree Planet. Après plusieurs visites, on m’a dit qu’ils planteraient les arbres si je leur fournissais la liste des noms. Ils trouvaient le projet intéressant.

Après mon retour du désert et de l’Antarctique, j’avais complètement oublié la sixième et dernière récompense. En mars, après être retourné à l’université et avoir repris les cours, à la suite de mon voyage en Antarctique en décembre, j’ai soudain reçu un SMS d’un numéro inconnu. Il disait : « Yoon, je t’encourage toujours. Maintenant que le temps se réchauffe, je vais utiliser mon bon pour une séance d’entraînement au marathon. »
Pour être honnête, j’avais ajouté cette récompense en me disant qu’avoir une idée de plus serait peut-être mieux. Qui aurait cru que quelqu’un me parrainerait pour recevoir un entraînement au marathon ? Je ne suis pas un photographe célèbre ni une célébrité ; qui viendrait à une exposition de photos que j’organiserais ? Pourtant, cette personne ne l’avait vraiment pas oublié et m’a envoyé ce message. En réponse à mon SMS — « Dites-moi l’heure et le lieu qui vous conviennent, et je viendrai vous voir » —, elle m’a répondu : « D’accord, je suis à Changwon, dans la province du Gyeongsang du Sud. »
Courir dans le désert
Courir dans le désert, l’objectif de mon année de césure, m’a fait réfléchir à beaucoup de choses et vivre de nombreuses expériences. Beaucoup me demandent : « Quand as-tu été le plus heureux ? En franchissant la ligne d’arrivée ? » Mais c’est lorsque je me suis tenu sur la ligne de départ et que j’ai entendu le coup de feu du départ que j’ai été le plus heureux. Les larmes me sont montées aux yeux d’un coup. C’était le moment où commençait cette longue course dans le désert, à laquelle je m’étais préparé pendant trois ans et demi.
Les coureurs expérimentés me traitaient de « péquenaud qui court un marathon ». Fou de joie, je me suis élancé sans gérer mon état physique ni mon rythme, et je me suis évanoui à l’arrivée le premier jour. J’avais couru trop vite. J’étais parti avec trop d’énergie, sans penser que le marathon était une course de longue distance.
Je me demandais, tout seul, comment aller aux toilettes. Une coureuse arrivait de loin derrière moi et j’hésitais sur la conduite à tenir. Je me suis dit que j’allais la laisser passer, puis faire mes besoins. Mais la femme que j’avais saluée plus tôt et qui m’avait dépassé a soudain baissé son pantalon et s’est soulagée.
Ne sachant pas où regarder ni quoi faire, je me suis soulagé moi aussi. C’était le premier jour de cette course d’une semaine, mais au bout de trois jours environ, cela ne me surprenait plus : peu importait qui faisait ses besoins, ou où. J’avais l’impression de retrouver un état animal plus primitif.
Le désert était très différent de ce que j’avais imaginé. Avant d’y aller, je pensais faire le point sur la façon dont j’avais vécu jusque-là et sur la manière dont je vivrais à l’avenir. Mais dès que j’ai commencé à courir dans le désert, toutes ces pensées ont disparu. Cela risque de briser les idées romantiques que l’on se fait du désert, mais en réalité, je ne pensais qu’à ça : « Je suis tellement épuisé. Pourquoi suis-je venu dans un endroit aussi chaud ? J’ai vraiment envie d’une boisson fraîche et de poulet frit, de hamburgers, de poitrine de porc grillée et de sushis. »
Des moments où la vie ne tient qu’à un fil
J’ai aussi vécu des moments dangereux dans le désert. Au loin, je pouvais voir le point d’arrivée de la journée et j’ai bu toute l’eau que j’avais économisée. Dans le désert, on ne dévisse pas le bouchon pour boire à grandes gorgées à la bouteille : on aspire l’eau par un tuyau muni d’un tube. C’est une manière efficace d’étancher sa soif avec une petite quantité d’eau, mais, croyant être arrivé, j’ai ouvert le bouchon et tout bu.
Mais il s’est avéré que l’arrivée était encore à au moins 4 km. Dans le désert, où l’on n’a aucune notion de profondeur, il est impossible d’évaluer les distances ; entre moi et l’arrivée, il y avait d’innombrables dunes de sable que je n’avais pas remarquées. Sous une chaleur proche de 50 degrés, je me suis d’abord dit : « Je pourrais mourir de soif. » Je n’avais pas d’autre choix que de boire dans les tuyaux des amis qui passaient pour tenir le coup.
Une fois, je me suis aussi perdu en plein désert, sans aucun panneau indicateur. J’aurais dû prendre un virage, mais j’ai continué tout droit, seul. Après avoir marché des dizaines de kilomètres en ligne droite, j’ai supposé que le chemin continuerait ainsi et j’ai poursuivi. Je ne m’étais pas trompé de parcours par confusion ; sous le soleil brûlant et accablé par la fatigue, j’avançais sans réfléchir en ligne droite.
J’avais marché péniblement pendant 40 minutes sans m’en rendre compte, mais quelque chose me semblait bizarre. Je me suis retourné et j’ai aperçu très loin derrière moi un coureur, minuscule comme un point, qui me suivait. En traversant le désert seul, j’étais heureux de voir quelqu’un et lui ai fait signe ; le coureur m’a répondu d’un signe, comme s’il était heureux lui aussi. Après avoir marché encore dix minutes, je me suis de nouveau retourné : le coureur était beaucoup plus près.
Je lui ai fait signe encore une fois, tout content, mais au fond de moi je me suis dit : « Essaie-t-il de me rattraper ? Je ferais mieux de courir plus vite pour le semer », et j’ai continué à courir. Dix minutes plus tard, j’ai soudain eu un drôle de pressentiment. Reprenant mes esprits, j’ai compris que je suivais un chemin où il n’y avait aucune empreinte devant moi. Ce coureur avait vu de loin que je m’étais trompé de route et était venu me prévenir.
Dans le désert, où les gens se montrent tels qu’ils sont, j’ai pu réfléchir à beaucoup de choses. J’ai découvert l’essence des gens et leur naturel, mes propres limites, des défis, des moments d’aventure et de réflexion, ainsi que d’autres réalités. Les réponses que j’ai entendues après avoir demandé à un ami koweïtien septuagénaire, magnat du pétrole, pourquoi ils couraient dans le désert m’ont fait beaucoup réfléchir.
« Avoir de l’argent et du temps ne suffit pas pour atteindre l’arrivée. Ici, je dois courir en donnant le meilleur de moi-même, avec constance et de tout cœur. »
« Je voulais montrer à mes filles que je peux encore accomplir quelque chose dans ma vie, et je voulais aussi me le prouver à moi-même. »
Voilà ce qu’ils m’ont répondu. Cette année de césure que j’ai passée à courir dans le désert m’a permis de réfléchir à des choses auxquelles je n’aurais peut-être jamais pensé dans ma vie.
Après le marathon du désert
Grâce à l’aide de nombreuses personnes, j’ai parcouru 1 250 km au cours de cinq épreuves et suis devenu le plus jeune à terminer le Grand Chelem des marathons du désert et des pôles.
J’ai mis par écrit ce que j’avais ressenti pendant ma préparation et mes courses, puis publié un livre intitulé « Poèmes d’une jeunesse en course » qui, heureusement, a été sélectionné comme ouvrage remarquable par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme en 2013.
Au cours d’une année de césure d’un an et demi, j’ai couru dans le désert et vécu de nombreuses expériences inattendues. En apparence, ma vie a peu changé. À mon retour, je n’ai accordé que quelques entretiens à la télévision, dans des journaux et des magazines. Pourtant, cette expérience et le temps de réflexion m’ont donné de la force. La confiance en moi a été un bonus. Le matériel n’a pas changé, mais on peut dire que le logiciel a été mis à niveau.
Pourquoi une année de césure est nécessaire
Certains disent : « Trouve ton rêve et ce que tu veux faire, puis fonce sans relâche. » Mais, à vingt ans — entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte — je sais mieux que quiconque combien il est difficile de trouver ne serait-ce que ce qu’on a envie de faire. Quand on se demande ce qu’on aime et ce pour quoi on est doué, il est difficile d’accepter qu’on nous dise de continuer à chercher ou de simplement tout essayer.
Je pense que trouver cela est vraiment une chance et une expérience que seuls quelques-uns connaissent. Il faut du temps pour essayer beaucoup de choses, du courage pour passer à l’action et des moments de loisir pour réfléchir ; il faut aussi surmonter des inquiétudes comme : « Est-ce que je suis doué pour ça ? Est-ce que ça va marcher ? »
À cet égard, mon année de césure m’a beaucoup aidé. Depuis la fin du lycée jusqu’à mes vingt ans, je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce que je voulais faire, pris une décision à ce sujet ni agi en conséquence. J’avais fait des voyages dans le pays ou rejoint divers clubs avec des amis, mais je n’avais jamais préparé et mené à bien seul un projet aussi important, du début à la fin.
Même sans année de césure, j’aurais peut-être fini par courir dans le désert un jour. Mais les réflexions et les expériences que cette année m’a apportées, et que je n’aurais pas connues autrement, sont un trésor que je ne troquerais contre rien.
La vie, comme une structure de jeux
Je ne pense pas que ce que nous faisons en ce moment soit totalement inutile. Ce serait bien d’avoir un rêve précis et une idée claire de ce qu’on veut faire, mais ni moi, qui suis allé dans le désert, ni beaucoup de mes camarades n’en avons forcément une. Malgré tout, je ne crois pas qu’une expérience soit perdue. L’« expérience » comprend non seulement les activités pratiques, mais aussi le domaine invisible de la réflexion et de la préparation.
Quelqu’un a dit : « La vie est comme une structure de jeux : ce qui nous semble aujourd’hui être des éléments sans rapport finira un jour par s’entremêler et, à un moment donné, façonnera la personne que nous sommes. »
Rester assis à son bureau à s’inquiéter et essayer de trouver immédiatement « ce pour quoi je suis doué et ce que je devrais faire » ne permettra pas de le découvrir. En essayant différentes choses, on voit apparaître un chemin et, à un moment donné, on peut connaître le processus qui consiste à se découvrir sous un nouveau jour, comme je l’ai évoqué plus haut. À mon retour du désert, je me suis appuyé sur cette expérience pour gravir l’Himalaya avec le chef d’expédition Um Hong-gil, diriger une expédition de jeunes sur la route de la Soie jusqu’en Turquie et participer comme chef de groupe à un projet de traversée en bateau jusqu’en Iran. Je prépare aussi un livre sur les trois semaines que j’ai passées sur une île déserte et, aujourd’hui, je retourne encore une fois sur une telle île.

D’une certaine manière, après être allé dans le désert, j’ai peut-être trouvé une nouvelle voie. Écrire un livre sur la course dans le désert réunissait deux choses que j’aime : relever un nouveau défi et écrire. Comme j’étudie l’écriture créative, je peux être plutôt réservé, mais je voulais aussi essayer de faire bouger les choses, et je crois l’avoir compris en courant dans le désert.
Bien sûr, à l’approche de la fin de mes études, je dois aussi faire face au plus grand défi de tous.
C’est la question : « Qu’est-ce que tu vas faire pour gagner ta vie ? » Alors, pourquoi ne pas y réfléchir ensemble ?